UFC-Que Choisir Alès

Non classé

MALTRAITANCE ANIMALE: LES CONDITIONS D’ABATTAGE EN QUESTION

 

De nouvelles vidéos montrent l’horreur dans un abattoir de Limoges. Peut-on mettre fin à la maltraitance ? Notre analyse en cinq questions-réponses.

sommaire

Quelles sont les règles à respecter ?

Pourquoi est-ce que cela dérape ?

Qu’est-ce qui a changé récemment ?

Les mesures prises sont-elles suffisantes ?

Peut-on avoir des garanties sur l’abattage ?

 

Un cran vient encore d’être franchi dans l’horreur. L’association L214 – du nom de l’article du code rural ayant, le premier, désigné les animaux comme des êtres sensibles – publie de nouvelles vidéos prises en mai dernier dans l’abattoir de Limoges, le plus grand abattoir municipal de France, le septième pointé du doigt par l’association.

« Des foetus sur le point de naître, s’asphyxiant lentement. Jetés dans des bennes à viscères. Des étourdissement ratés, des animaux poussés à coup de chocs électriques », détaille l’association sur son site.

Ces images surviennent quelques semaines après la publication par une commission d’enquête parlementaire d’un rapport sur les conditions d’abattage en France. Ce dernier liste 65 mesures à adopter pour stopper la maltraitance dans les abattoirs.

Parmi celles-ci, le texte propose notamment de créer une « brigade bien-être animal », de rendre obligatoire l’installation de caméras dans les abattoirs, ou encore de mettre en place un Comité national d’éthique des abattoirs, rassemblant chercheurs, parlementaires, associations de consommateurs, professionnels du secteur…

Une réponse aux vidéos de l’association L214

Ce rapport d’enquête constitue une réponse à la diffusion par l’association L214 de ces images pointant des traitements cruels au sein d’abattoirs français.

Des pratiques qui suscitent une condamnation générale. Tout le monde semble d’accord pour appeler à un renforcement des garde-fous : les éleveurs, les professionnels de la boucherie, les politiques et, bien entendu, les consommateurs. Tour d’horizon des règles en vigueur et de ce qui pourrait être amélioré.

Quelles sont les règles à respecter ?

Depuis le 1er janvier 2013, les conditions d’abattage sont dictées par le règlement européen relatif à la protection des animaux lors de leur mise à mort.

À LIRE AUSSI >>> Abattage et viande halal : les cinq questions que vous vous posez

Sur le terrain, l’animal doit d’abord être immobilisé par un procédé mécanique conforme, avec interdiction de le suspendre tant qu’il n’est pas étourdi. Cette dernière opération peut se faire de plusieurs manières : soit par un choc électrique, soit avec un pistolet à tige perforante, soit encore par l’exposition de l’animal au dioxyde de carbone.

Une fois l’animal inconscient, il doit être saigné le plus vite possible et avant qu’il ne se réveille. Si l’animal n’a pas été étourdi correctement, l’«abatteur » doit immédiatement prendre les mesures nécessaires : refaire le geste, voire appeler un responsable tel que le vétérinaire.

Les abattoirs où l’on abat plus de 1 000 gros mammifères par an doivent désigner un salarié « responsable du bien-être animal ».

Pourquoi est-ce que cela dérape ?

Il y a d’abord les cadences difficiles à tenir, notamment pendant les périodes de forte demande, comme les fêtes de Pâques. La division importante des tâches au sein de l’abattoir n’arrange rien – à force de répéter le même geste durant des heures, on ne pense plus, on ne se sent plus responsable…

Autre écueil, la qualification des ouvriers d’abattoirs et leur sensibilité à la protection animale ne sont pas les premiers critères de recrutement. D’autant plus pendant les périodes de forte activité : les entreprises recrutent des intérimaires qui sont formés rapidement en vue d’être productifs, non d’être attentifs au bien-être des animaux.

Enfin, les inspecteurs et techniciens vétérinaires chargés d’inspecter – de façon aléatoire – ce qui se passe au niveau de l’étourdissement et de la saignée ne sont pas assez nombreux.

Qu’est-ce qui a changé récemment ?

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a annoncé un renforcement des services vétérinaires : 60 agents en 2016 et 60 aussi en 2017. Une avancée, certes… Mais jugée bien insuffisante par les experts, qui évaluent les besoins à 500 postes supplémentaires.

Le volet sanctions devrait quant à lui s’étendre, puisqu’un amendement du gouvernement à la loi Sapin 2 crée un délit de mauvais traitements des animaux en abattoir et dans les entreprises de transport.

Concrètement, ce changement législatif permettra d’engager la responsabilité du directeur de l’établissement responsable de maltraitances, et d’assurer la protection des salariés dénonçant ces actes, qui bénéficieront du statut de lanceur d’alerte.

Leur nom sera transmis aux préfectures et aux services vétérinaires. « Même en dénonçant de mauvaises procédures, ils n’encourront ainsi aucun risque pour leur emploi », a précisé Stéphane Le Foll.

Vers la création d’une « brigade bien-être animal »

En créant ce délit, l’objectif du gouvernement est de contraindre les directeurs d’abattoir à réunir toutes les conditions nécessaires pour un abattage de qualité (cadence modérée, bons outils, etc.).

Une autre mesure phare annoncée par le ministre est la mise en place d’un « référent du bien-être animal » dans tous les abattoirs, quelle que soit leur taille. Le rapport d’enquête parlementaire propose, lui, la création d’une « brigade » dédiée exclusivement au bien-être animal.

Les mesures prises sont-elles suffisantes ?

La création annoncée de postes de vétérinaires ne suffira pas à compenser la baisse des effectifs (1 000 postes) intervenue entre 2004 et 2014. « Dans l’abattoir, nos deux principales missions sont de repérer des maladies contagieuses lors des inspections ante mortem, puis à la sortie de l’abattoir, de s’assurer de la sécurité sanitaire de la viande mise sur le marché », explique Laurent Lasne, président du Syndicat national des inspecteurs en santé publique vétérinaire.

Et d’ajouter : « La surveillance de la protection animale n’est, quant à elle, pas systématique. Et même avec des effectifs accrus, je ne pense pas qu’il soit possible, ni d’ailleurs souhaitable, de mettre un vétérinaire en permanence derrière chaque poste d’abattage. »

Une augmentation des contrôles, pourquoi pas… Mais il faut avant tout changer les pratiques des abattoirs. Or ce « déclic », selon Laurent Lasne, ne pourra se faire que sur le long cours, à force de communication, de sanctions parfois et d’amélioration des process sur les chaînes d’abattage.

Rien ne bouge sur les cadences de travail

Pour Jean-Pierre Kieffer, directeur de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (Oaba), une autre limite aux changements annoncés réside dans l’absence de réglementation concernant les cadences de travail. Ne serait-ce que pour « laisser plus d’une minute à l’abatteur pour bien étourdir, bien saigner et bien suspendre un bovin pesant autour de 600-700 kg ».

Dommage également que la société civile n’ait aucune visibilité sur ce qui se passe dans les abattoirs. « Nous plaidons pour la création de comités d’éthique composés de représentants des éleveurs, de bouchers, d’associations de défense des animaux, d’associations de consommateurs, etc., comme cela existe déjà dans les laboratoires pratiquant des expériences sur les animaux », souligne Laurent Lasne.

De tels comités seraient consultés sur les changements importants dans l’abattoir, tels que le matériel et les procédures ; surtout, ils sensibiliseraient ces établissements aux questions et attentes de l’opinion.

Peut-on avoir des garanties sur l’abattage ?

Pour l’instant, il y a très peu de garanties, même si vous achetez une viande avec une indication géographique protégée (IGP) ou de qualité comme le label Rouge ou le label Agriculture biologique.

Certes, la protection de l’animal est inscrite dans les cahiers des charges, et la majorité d’entre eux prévoit des règles encadrant le temps de transport ou d’attente à l’abattoir avant abattage. Mais, concernant l’abattage proprement dit, c’est la réglementation générale qui s’impose. De fait, les organismes certificateurs chargés de vérifier le bon respect des cahiers des charges (AB, label Rouge) ne contrôlent pas le poste d’abattage.

Un abattoir certifié bio garantit cependant la traçabilité de la viande bio, afin qu’elle n’entre pas en contact avec une viande conventionnelle : les animaux AB doivent donc être parqués dans un espace à part, et tout le lot est abattu en une seule fois.

À LIRE AUSSI >>> À la chasse aux œufs truqués

Pas plus de garanties éthiques sur les circuits courts

Quant aux circuits courts, ils n’apportent pas non plus la garantie d’une meilleure prise en considération des animaux. Une autre vidéo de l’association L214, tournée dans un petit abattoir des Pyrénées-Atlantiques, en témoignait fin mars 2016.

Par ailleurs, le nombre d’abattoirs de proximité ayant considérablement baissé en trente ans, les animaux sont souvent transportés sur des centaines de kilomètres. L’une des solutions proposées par les éleveurs serait d’autoriser le déplacement de camions abattoirs dans les fermes. De quoi réduire le stress des animaux et permettre aux éleveurs de rester proches de leurs bêtes jusqu’au bout.

À défaut de label officiel sur le mode d’abattage, certaines productions de qualité réfléchissent aujourd’hui à instaurer une mention volontaire qui préciserait que l’animal a bien été abattu après étourdissement. À suivre.

Contrôler avec des caméras

Installer des caméras permettrait de contrôler à toute heure le bon déroulement de l’abattage ; cette idée pourrait aussi aider à renforcer, outre les sanctions, la formation des abatteurs en cas de mauvaises pratiques.
Le rapport parlementaire remis préconise l’installation obligatoire de caméras dans les zones des abattoirs où des animaux vivants sont manipulés.
Au Royaume-Uni ou encore aux Pays-Bas, cette pratique est d’ailleurs courante. En France, certains établissements ont franchi le pas, après en avoir informé les salariés comme l’impose la réglementation. Mais le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a émis des réserves sur ce dispositif, avec lequel les salariés se sentiraient surveillés en permanence.